Mercredi 9 avril 2008 3 09 /04 /Avr /2008 22:23

 

Philippine a le varicelle. Si je l'approche je meurs, alors je lui parle à travers la porte close de sa chambre. Je lui raconte mon pique nique à l'école et tous les bonbons que je me suis bâfré. Enfin je la fais bisquer pour me venger de ma bonne santé qui me prive d'un douillet séjour au lit.
Papa, Maman, Mamie et même Théo s'agglutinent à son chevet, préviennent le moindre de ses désires, accourent dès qu'elle siffle. Je pourrais m'étouffer qu'on s'en rendrait même pas compte. En plus, je suis le seul à ne pas pouvoir entrer dans sa chambre sous prétexte que je l'ai pas eu, la varicelle. Mais j'en vaux bien de la varicelle, moi. Y'a pas de raisons.
C'est dimanche, il pleut, y'a rien à la télé, je m'ennuie. Je sors mon carnet et note :

- Dimanche 21 avril 1984
Il pleut, y'a rien à la télé, je m'ennuie.

Mamie ronfle dans le salon, enfoncée dans son fauteuil préféré. Théo pète à ses pieds. Je m'instale dans le canapé et la regarde dormir la bouche ouverte. Elle s'est maquillé un tantinet pour manger son éclair au café du dimanche mais elle a gardé ses pantoufles. La classe, Mamie. Aujourd'hui elle était en forme pour tout, pour aller à l'église, eu cimetière, au parc et la pluie est tombé pour le reste de la journée. Alors Mamie a passé la matinée cloitrée dans sa chambre et les reste du temps devant la télé.
Je haie les dimanches. Un dimanche c'est comme un mauvais présage, il annonce en général un lundi qui sent l'école, l'ennuie. Et puis c'est un jour qui attire la pluie. Regardez aujourd'hui, c'est dimanche et il pleut.
Dans le salon, y'a pas qu'un fauteuil, un canapé, une télé, un chien qui pète. Y'a aussi une bibliothèque bourrée de livres, mais ça, je vous en parlerais la prochaine fois.

A suivre

Par Boris Ritzzoski - Publié dans : Mamie barbelé
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Mercredi 2 avril 2008 3 02 /04 /Avr /2008 14:03

On fait la queue dans une boutique glauque. C'est une boutique en vrac, un discount, comme on dit. Les gens aussi sont en vrac; des chomeurs, des familles à marmaille sans le père, des venus de loin, de Turquie, des Balkans, des bas-fonds, des mèmères à petites retraites, des clodos, des clandos, j'y ai même vu une fois un sosie de Cloclo qui n'avait pas pris le temps de retirer sa tenue de scène. Les mamies se pâmaient entre le fromage blanc et le jambon premier choix. 
Tout ce beau monde flaire les prix les plus bas dans le tas de produits à bas prix.
Tout est cher ma p'itit dame, c'est la faute à not' président qu'est parti en vacances avec not' pouvoir d'achat.
Tout ce beau monde gratte avec parcimonie son petit budget, ils en râclent la surface avec un canif, récupèrent la poudre d'euro qu'ils versent dans la main en coupe de la caissière. Et tout le monde est dans sa bulle de misère, tout le monde est dans sa merde, la même merde et personne ne se regarde.
Elle, elle a dans les soixante-dix ans. Elle est maigre, flétrie, des bras longs. Au bout du bras, un sac. Lourd, le sac. Enfin trop lourd pour stationner dans la file d'attente.
L'autre, je lui donne quarante ans, pas plus. Elle pousse un caddie gavé de produits pas chers. Enfin , je dis elle pousse, mais en fait elle pousse rien, elle fait la queue comme tout le monde. Dans le caddie, un gamin.
La vieille, le gamin et sa mère ont plusieurs points communs. Ils sont tous trois d'origine étrangère, ils crèchent certainement dans le même quartier, ils ont râclé du même canif leur petit morceau de fortune, ils ont les mêmes rêvent, les mêmes besoins, c'est le même souffle, le même geste.
L'une, celle qui pousse le caddie, aborde l'autre :
- Je suis derrière le monsieur. ( Le monsieur, c'est moi )
L'autre :
- Oui oui, passez si vous voulez.
- Non c'est pas, je passe si je veux, je passe parce que c'est mon tour.
L'autre :
- Je sais pas. Je suis malade, vous pourriez me laisser passer.
Comme je l'ai dit, la mamie ne pétait effectivement pas la forme. Maigre, flétrie, mais je pourrais ajouter le teint jaunâtre, les yeux enfoncés dans les orbites, les soixantes-dix balais bien plus lourds que le cabas. La mère de famille, caddie et gosse accroché au ventre ne se dégonfle pas.
- Et moi, vous savez ce que j'ai ?
La mamie ne sait pas ce que peut bien avoir cette grosse vache arrogante, tout ce qu'elle sait c'est qu'il lui reste qu'un rein et que rester debout trop longtemps lui est pénible.
- Oui oh oh. Dit la mère en balançant la main comme un chasse-mouches.
- Quoi, tu t'en fous que j'ai qu'un rein ?
Le ton monte, on se tutoie, l'index prend le ciel à témoin, le monde autour s'amuse, regards complices, commentaires de bon aloi, du spectacle à zieuter depuis sa bulle.
- Et oui je m'en fous. Moi j'ai le petit qui est malade, je suis pressé et puis c'est mon tour.
Le petit, qui se dévore une barre de chocolat, exhibe une mine réjouie, plus malade que lui tu meurs. La mamie éructe :
- Si je tombe là tu vas voir. Ce sera de ta faute.
Sur ce, comme à regret, une caissière ouvre une autre caisse. La mamie n'a rien remarqué, elle enonce le procès, le code pénal. La caissière l'appelle.
- Venez Madame, je vais vous faire passer.
Fin de l'incident. Derrière moi, la mère de famille, gosse et caddie, marmonait entre ses dents, on lui avait volé sa proie.
Tout le monde est sorti de la boutique, les uns après les autres. Chacun dans sa bulle et jusqu'à  la bulle un peu plus grande, ou la cellule familliale, on s'en va voir ce qu'il reste à râcler.
Hier, près de Marseille.

Par Boris Ritzzoski - Publié dans : textes libres
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Jeudi 6 mars 2008 4 06 /03 /Mars /2008 17:05

Bougez avec la Poste.
Elle est une enfant, elle a perdu sa mère. Y'a des gosses qui ne savent pas ce qu'ils font de leurs affaires. Ils perdent tout. Elle, c'était sa mère. 
Trop jeune pour intégrer cette idée, pour correctement faire son travail de deuil ( et oui, le deuil c'est du taf. Tu trimes trente-cinq heures par semaine, tu fais des heures sup, tu bosses même la nuit, même quand tu dors ), donc, elle est trop jeune pour correctement trimer sur son deuil.
Elle écrit à sa mère. Une lettre. Qu'est-ce qu'elle lui raconte ? Ca nous regarde pas. Ca regarde personne. Donc elle lui écrit une lettre. Pour faire son deuil. Une méthode comme une autre. Pas plus con que d'écrire au père Noël. 
Bon d'accord, elle ecrit à sa mère décédée, mais quelle adresse inscrire sur l'envelloppe ? Hein ? Tu la connais toi, l'adresse du ciel ? Moi pas. Elle non plus. Elle écrit '' Maman, rue du Paradis, au ciel ''. C'est beau, c'est touchant. C'est à pleurer. Tu crois qu'ils pleurent, à la Poste ? Non ils font grève. La grève du sentiment, la grève du coeur.
Sa lettre lui a été retournée. Taxée. Oui, t'as bien lu.
Taxée.
Y'a pas de timbre qui corresponde à ce type d'envoi. Faudrait tout de même pas se foutre de la gueule de la Poste. Même toi, l'orpheline qui n'es pas foutue de faire ton deuil comme tout le monde.
Bougez avec la Poste. Oui, mais pas jusqu'au ciel quand-même.

Par Boris Ritzzoski
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Mercredi 5 mars 2008 3 05 /03 /Mars /2008 18:07

Plus tard je serais journaliste. Grand reporter. Je consignerais des tas de trucs importants dans mes tas de carnets et je signerais mes articles d’un A comme Alex. Mon prénom c’est Alexandre mais on m’appelle Alex à la maison comme à l’école. C’est à cause du Grand. Le grand Alexandre. Enfin Alexandre le Grand, si vous préférez, moi je m’étais compris. Mon père, à qui je dois ma passion pour l’histoire, est un fan de tous les empereurs, les rois, les présidents qui ont fait de grandes choses et son idole parmi les idoles c’est Alexandre. Le Grand. J’aurais très bien pu m’appeler Clovis, Napoléon ou Louis XIV, je trouve que je m’en suis bien tiré.

Ma mère lui dit pour le taquiner qu’il n’aime que les tyrans. La première fois que j’ai entendu ce mot j’ai couru jusqu’à mon dictionnaire pour en connaître la définition. C’est elle qui m’y a habitué, elle est traductrice et passe son temps le nez dans les livres et les dicos. Quand je lui demandais ce que voulais dire congratulations  elle me répondait que mon dictionnaire avait aussi la réponse et que lui en plus n’était pas en train de repasser le linge. Donc, j’ai cherché tyran dans le dictionnaire et j’ai lu : souverain despotique, injuste et cruel. Despotique, je sais pas ce que ça veut dire. Mais injuste et cruel, je comprends. Me voilà terrifié à l’idée que nos livres d’histoire ne relatent que les faits de tyrans. Charlemagne, toute la clique des Louis, des Charles, Napoléon, tous des êtres injustes et cruels. Pas Alexandre répond Papa. Pas tous, tempère Maman qui voulait surtout se moquer gentiment des idoles de mon père. Faut dire que elle c’est James Dean, Harrison Ford, et ça fait pas mal marrer Papa.

Philippine est fan d’Albator. Elle le trouve beau avec sa balafre. Moi c’est Bruce Lee. Il n’a pas de balafre mais en il en fait à tout le monde. Le genre de type à faire sauter les tyrans en l’air rien que d’un revers de coude.

Mamy est folle d’un bonhomme qui s’appelle  jean Sablon. Je peux pas en dire plus, j’ai juste vu une vieille photo une fois. Un type avec les cheveux plaqué à la graisse de phoque ou de je sais pas quoi, mais ils faisaient tous ça à l’époque. Un type du genre Tino Rossi jeune ou Jean Gabin jeune. Enfin un type de l’époque mais jeune.

Chacun a ses idoles, chacun a ses goûts, ses humeurs et ça se passe plutôt bien. Papa se fâche de temps en temps et se lance dans des sermons longs comme la muraille de Chine. Maman traduit en mode plus direct. C’est elle la plus stricte. Elle préfère dire qu’elle est organisée, moi je vois pas la différence mais c’est forcément elle qui a raison parce que je suis un gosse de dix ans, mais je l’aurais un jour cet âge de raison et je sais d’avance que je serais ni stricte, ni organisé et je finirais pas anarchiste comme me le dit souvent mon père. On m’a dit que les anarchistes vivaient dans des grottes et qu’il n’y avait que les vampires qui pouvaient les battrent. Moi, finir en bagarre avec Dracula. Mon père exagère, c’est son côté tyran.

A suivre
Par Boris Ritzzoski - Publié dans : Mamie barbelé
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Lundi 3 mars 2008 1 03 /03 /Mars /2008 14:48

Lu dans le Charlie.
Le journal Libération révèle que la moitié des salariés d'une usine ont signé un contrat les engageant à ne jamais faire grève contre une prime de mille euros. Non, pas par grève, dans quel monde tu vis, toi ? Les mille euros c'est pour la durée de ta présence dans l'entreprise. Voilà.
Tu bosses pour trois fois rien et tu fermes ta gueule. T'as que ça à faire, t'as signé.
Le contrat en vérité n'est pas valable, aucun contrat de travail ne peut exiger de la part de l'employé qu'il refuse son droit de grève. Y'a encore du sang sur le pavé, ce droit-là il a coûté cher en sacrifices, en baston contre la garde nationale, en coups de baïonnette dans le bide. Les gaz et les coups de matraque, c'est venu plus tard, avec le progrès. Enfin donc, le contrat n'est pas valable. Et un peu mon neveu.
N'empêche que le mal est fait. L'employé a dans ce cas admis que le droit de grève était à brader, que ce dernier recours était surmontable avec un pourboire. Mille euros. Un treizième mois glissé dans la poche contre une dévotion à toute épreuve.
Je vous parle pas de l'ambiance dans l'entreprise. La moitié qui a cédé au chantage ignoble fait le dos rond face à l'autre moitié, celle qui n'a pas plié et dont les noms sont inscrits en rouge dans les dossiers de la direction. Diviser pour mieux régner. Détruire et refaire à son gré.
Faut-il être inconscient, ou aux aboies, ou les deux. Pauvre monde des salariés, ressort canons, barricades et fourches à foin et montre leur comment un homme meurt pour six sous le jour.

Par Boris Ritzzoski
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Lundi 3 mars 2008 1 03 /03 /Mars /2008 12:09

Mamie a des secrets mais elle n’est pas la seule. Je tiens un carnet intime dans lequel je consigne tout ce qu’il se passe à la maison. C’est un peu le carnet de bord de la famille, même s’il ne s’y lit que mes impressions. Je note scrupuleusement les petits faits du quotidien, les incidents, les joies domestiques, tout ce qui n’a pas d’importance comme tout ce qui me semble indispensable de signaler. Si vous voulez un exemple, je peux vous faire lire ce que j’ai rapporté le jour où j’ai vu pour la première fois le numéro tatoué sur le poignet de Mamie. Ca donne ça :

- Mercredi 13 février 1984.

8h42 : Philippine a voulu passé avant moi dans la salle de bain parce qu’elle avait son cours de danse à 10h. J’ai râlé mais Maman a insisté. Quand Philippine est sortie ( à 9h07 ) c’est Mamie qui est entrée parce qu’elle avait l’ostéopathe à 10h30. Je suis resté en faction devant la porte de la salle de bain pour m’y glisser dés que Mamie en sortirait. 9h 28 : Mamie sort, elle est surprise de me voir planté au garde à vous.  Je me faufile dans la salle de bain. J’ai le temps de voir qu’elle n’a pas encore enroulé son foulard autour de son poignet. Je sais maintenant pourquoi elle se pare tout le temps de ce foulard. C’est pour cacher un numéro écrit sur sa peau, à l’intérieur du poignet. Je ne sais pas ce que ça veut dire, j’ouvre une enquête.
Très franchement, je ne trouve aujourd’hui encore aucun intérêt réel à tenir ce carnet. Je le fais par amusement, peut-être aussi pour m’imposer une rigueur parce qu’on dit que je suis plutôt fainéant. Enfin quoiqu’il en soit, le jour où ce travail exact et consciencieux sera utile à notre famille, je déborderais de fierté. En attendant je note, je consigne, je fais mes petits rapports.

A suivre

Par Boris Ritzzoski - Publié dans : Mamie barbelé
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Samedi 1 mars 2008 6 01 /03 /Mars /2008 20:27

C’est aussi pour ça que je l’aime, Mamie, elle est mystérieuse, même son corps recèle des secrets. Elle porte par exemple en permanence un foulard enroulé en bracelet autour du poignet gauche. Un joli foulard tantôt à fleurs, tantôt uni et toujours assorti à la robe qu’elle porte. Sous le foulard il y a un numéro. Une interminable suite de chiffres tatoués sur la peau. Elle ne m’en a jamais parlé sauf une fois où je lui ai demandé ce que ça voulait dire. Elle a répondu en souriant tristement que pendant une période de sa vie elle n’avait plus eu de nom. On ne disait pas Madame Gaëlle Sébastien mais N°383 651. J’ai voulu en savoir plus mais Mamie ne souriait plus. Ses yeux bleus regardaient le vide et Maman m’a demandé où j’en étais avec mon devoir de math. Je suis pas bête, j’ai bien compris qu’il fallait changer de sujet, mais quand même, ça m’avait laissé sur ma faim cette histoire de numéro à la place d’un nom. Je me rappelais du héros de la série télévisée le prisonnier, celui qu’on appelait Numéro 6 et qui passait son temps à gueuler qu’il n’était pas un numéro mais un homme libre. Ma grand-mère avait-elle était privée de liberté, pourchassée par une énorme  boule blanche (2) dans des jardins anglais ?

A suivre
_____________________________________________________________________

( 2 ) : Le prisonnier est une série anglaise qui date des années 1960. C'est l'histoire d'un ancien agent secret qui est retenu prisonnier sur une île, au milieu d'une communauté secrète. Tous ceux qui tentaient de fuir étaient poursuivis par une grande et molle boule blanche. undefined

Par Boris Ritzzoski - Publié dans : Mamie barbelé
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Samedi 1 mars 2008 6 01 /03 /Mars /2008 15:53

 

Ma grand-mère a reçu un jour une décoration. Un rond de cuivre frappé d’une drôle de croix et accrochée à un ruban rouge et noir. On la lui a donnée parce qu’elle avait été très résistante quand elle était jeune. C’est le bras droit d’un général de Gaule (1) qui la lui a accrochée au revers de la veste. Il avait du perdre le gauche à la guerre et ça doit faire bien longtemps parce que la Gaule c’est pas neuf. 
Sa médaille de la résistance passe le temps dans une petite boîte rangée avec les bijoux. Elle ne la sort jamais parce qu’à mon avis elle se sent de moins en moins forte. Ma grand-mère est un peu ronde, un peu rouge, toute blanche sur la tête et toute bleue dans les yeux. Quand elle est en forme on dirait un bonbon rempli de sirop et quand elle traîne la patte elle ressemble à une vieille pomme fripée. 
Pomme frippée ou pas, c'est la grand-mère idéale. Elle ne cafte pas, ne s'occupe que de ses oignons et ne squatte pas la télé, ce qui nous arrange, ma soeur et moi. Philippine a cinq ans et moi bientôt dix. Elle ne va pas à l'école en ce moment à cause de sa grippe et moi qui ai le malheur de bien me porter, je suis contraint d'aller en classe au lieu de buller au lit.
C'est pas un si gros problème, en vérité, j'aime bien l'école et les cours d'histoire en particulier.
Mamie vit chez nous depuis que grand-père est décédé. Lui, des médailles, il en avait plein. Avec des rubans de toutes les couleurs, des étoiles d’or et de bronze, des croix en veux-tu en voilà. Papi a connu deux guerres mais je suis sûr qu’il aurait préféré ne jamais les rencontrer. Les guerres ne sont pas très fréquentables, c’est plein de désagréments et de tuiles qui vous tombent sur la tête. On peut pas leur faire confiance aux guerres, faudrait jamais leur ouvrir la porte mais elles entrent aussi par la fenêtre, par les grilles d’aération, ça remonte le long du siphon de l’évier, ça se cache au fond de la cave pour te sauter dessus comme un rat. Papi a eu de la chance, les guerres l’ont laissé mourir tranquillement dans son lit à l’âge qu’on les petits vieux quand ils nous quittent. Il est parti en paix pendant son sommeil. 
Mamie ne prend pas de place, pas comme Théo, notre antique labrador qui dort en pétant et pète en dormant, qui n’a que la force de s’étaler sur le tapis du salon et fait un bruit d’enfer quand il baille. Mamie aime bien Théo, ils se partagent le poids de la vieillesse et les temps de sieste où l’une ronfle et l’autre pète, on dirait une machine bien réglée, un truc qui marche au gaz et à la vapeur. Quand elle se réveille, elle demande à tout le monde si elle a ronflé et on lui assure que non en se pinçant les lèvres pour ne pas rire. Mamie n’aime pas déranger, c’est une habitude qu’elle a prise toute petite. Pas faire de bruit, pas faire de vague. Je l’ai entendu dire un jour que ça lui avait plus d’une fois sauvé la vie, j’ai pas trop compris pourquoi. 

A suivre.

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_____________________________________________________________________________

( 1 ) : Il s'agit en vérité du général De Gaulle, avec deux l.

Par Boris Ritzzoski - Publié dans : Mamie barbelé
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Samedi 1 mars 2008 6 01 /03 /Mars /2008 14:53

Je voulais garder ça pour moi parce que j'étais plus trés sûr d'être de ceux qui peuvent en parler, j'étais plus très certain que se soit une bonne idée, parce que ce ne serait qu'une fois de plus.
Et puis l'actualité s'est vautré dans les cendres de la déportation, et puis il fut question de tout déballer jusque sous le nez des momes.
Je n'ai pas la prétention de dire que ce texte traite mieux le dur sujet de la déportation, je me sens simplement moins gêné et moins sale.
Mamie barbelé est un texte à destination des 10- 15 ans, peut-être à portée de tous. Une manière qui se veut différente, détendue, parfois sinueuse et parfois directe. 
Il s'agit aussi au fil des pages de suivre un enfant de dix qui approprie l'idée de la disparition d'un proche. De sa grand-mère, en l'occurence. Cette grand-mère atteinte d'une maladie et qui donne en héritage l'histoire de sa vie. undefined

Par Boris Ritzzoski - Publié dans : Mamie barbelé
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Vendredi 22 février 2008 5 22 /02 /Fév /2008 10:36

Une salle d'attente. Des murs blancs. Deux hommes. Une table basse entre eux, couverte de magasines de femmes, enfin pour les femmes. Silence. D'un côté, une porte fermée. Elle donne sur l'extérieur, la possibilité de fuir. De l'autre, une autre porte qui sépare la salle d'attente du cabinet. On entend rien. Ni râles, ni feulements, derrière il y à une grande interrogation.
Un des homme feuillète un magasine, l'autre non. Ils s'évitent du regard parce qu'il n'y a rien d'autre à faire. Le temps passe, le point d'interrogation grossit derrière la porte, et l'autre reste obstinément close. Ils sont seuls. L'un a peur, l'autre non. L'un a peur de l'autre, de ses miasmes, de ses microbes, de ce qui pourrait lui passer par la tête. L'autre feuillète son magasine, sans intérêt, sans connivence aucune avec l'ouvrage.
Il soupire et pose son regard sur l'autre. L'autre est secoué par une montée d'adrénaline, il regarde ses mains, elles ne l'impressionnent pas, elles sont à lui, elles tremblent avec lui. L'autre parle.
- Rendez-vous compte que Carlos est mort.
L'autre se referme comme une huître, il convulse. Inutile d'esquiver, il faut parer le coup, il faut se redresser, ouvrir large la poitrine et parler.
- Santana ?
- Pardon ?
- Non rien.
Les murs blancs se ressèrent, le silence pèse comme le plomb. Derrière la porte, un autre silence et ce grand point d'interrogation.

Par Boris Ritzzoski - Publié dans : textes libres
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